Sites Internet et associations francophones pour une approche « citoyenne » de la naissance

Naissance d'une communauté virtuelle

Bernard Bel

Traduction adaptée de Electronic mail, personal and social communication - two case studies, part 2: the birth of a virtual community.
In (B. Bel, B. Das, V. Parthasarathi, G. Poitevin, eds.) Communication Processes, 1.


C'est un paradoxe de parler de «communauté» à propos des échanges entre défenseurs d'une même cause, lorsque ceux-ci se font par l'intermédiaire d'un support «virtuel» comme le courrier électronique... L'expérience de la liste Naissance <http://fr.groups.yahoo.com/group/liste-naissance/> a pourtant prouvé sa capacité à susciter des engagements individuels autour du projet commun d'améliorer les conditions de la naissance et de la périnatalité dans les pays francophones. L'auteur étudie ici les facteurs qui ont joué en faveur d'une plus grande mobilisation sociale et de la reconstruction d'une «culture de la naissance». Au delà de la réflexion sur le fonctionnement d'un outil de communication électronique se profile une interrogation plus générale sur les notions de citoyenneté et de démocratie «active», en contraste avec la démocratie «participative» prônée par les hommes politiques et les mouvements citoyens.


A notre retour en France, en 1998, après plusieurs années passées à l'étranger, ma compagne et moi avons essayé d'entrer en contact avec des personnes s'intéressant aux approches «douces» de la naissance et de la périnatalité. Ce sujet faisait partie de nos préoccupations depuis notre première enquête anthropologique sur les pratiques d'accouchement en Inde rurale (Bel 1998, Bel et al. 2000). Quelques clics sur un moteur de recherche nous ont permis de découvrir une galaxie de sites anglophones dédiés à la naissance, et pour quelque temps nous avons participé aux échanges de listes de discussion telles que Online Birth Center News éditée par Donna Dolezal Zelzer. En avril 1999, j'ai collecté les adresses email d'une demi-douzaine de militants français (la plupart sages-femmes ou médecins) pour démarrer une liste de discussion bilingue sur le même sujet. Parmi les objectifs de la liste Naissance figuraient le soutien à la Maison de Naissance de Sarlat <http://www.ctanet.fr/naissance-liberte/>, menacée de fermeture suite à une décision de justice, ainsi que la mise en place d'un réseau de contacts pour la préparation d'une conférence à Paris du journal professionnel Midwifery Today <http://www.midwiferytoday.com>.

Le groupe fondateur échangeait des points de vue sur la manière la plus adéquate de mobiliser et rassembler des individus, à l'échelle nationale, autour du thème de la «malnaissance». Les militants associatifs qui ne connaissaient rien du birth movement nord-américain se montraient sceptiques, voire méprisants, à l'égard d'Internet... Pour eux, le courrier électronique se réduisait à un flot de propositions invérifiables disséminées par des gens sur qui on ne savait rien. De plus, toute référence aux mouvements nord-américains ne faisait qu'alimenter la rumeur selon laquelle ce groupe serait manipulé par une secte d'outre-Atlantique essayant de prendre le contrôle, en France, d'un mouvement en perte de vitesse!

En janvier 2000, la liste Naissance a été transférée à un serveur de listes de voila.fr, repris plus tard (pour des raisons commerciales) par egroups.com, et finalement par yahoogroupes.fr <http://fr.groups.yahoo.com/group/liste-naissance/>. Les nouvelles fonctionnalités offertes par ces serveurs étaient:

L'activité sur la liste

Le taux de croissance de la liste Naissance a été quasiment exponentiel, à raison d'un doublement du lectorat chaque année. Au printemps 2002, elle comptait 118 abonnés. La liste est présentée sur plusieurs pages web, notamment le portail Naissance.ws (voir plus bas) et divers répertoires de groupes de discussion.

Le trafic moyen sur quinze mois a été d'environ 30 messages par jour, couvrant typiquement jusqu'à 5 sujets de discussion simultanés. Ce trafic end à se stabiliser en raison du temps limité que chaque abonné peut consacrer à la lecture ou à l'écriture de nouveaux messages.

Près de 20% des abonnés envoient plus d'un message par semaine. On peut les désigner comme des «intervenants actifs» de la liste. A l'intérieur de ce groupe, on distingue un petit noyau «d'intervenants permanents» qui prennent part à presque tous les sujets de discussion. Les intervenants actifs sont, typiquement, des militants de la naissance, hommes ou femmes, ou encore des parents au foyer qui consacrent une partie de leur temps aux échanges sur Internet.

Les groupes d'intervenants «actifs» et «permanents» fluctuent en fonction des contraintes familiales ou professionnelles, et bien sûr de leurs priorités quant à l'engagement sur la liste. Il n'est pas rare de lire un message d'un(e) abonné(e) déclarant qu'il/elle reprend de l'activité en prenant connaissance de centaines de messages accumulés dans sa boîte aux lettres.

Il n'est pas possible de caractériser l'ensemble des intervenants actifs. Il faudrait pour cela les nommer un par un et consulter la base de données de présentations. En fait, la diversité du groupe, le fait que les modérateurs ne filtrent pas les messages, l'absence de limitation des sujets de discussions et des contenus, le refus d'une idéologie ou d'un savoir dominant, sont des facteurs déterminants pour la croissance et l'impact social de la liste.

De temps à autre, un intervenant actif diffuse un appel à l'intention des abonnés «silencieux» en leur demandant pourquoi ils/elles ne prennent pas une part plus active aux discussions. Cet appel suscite chaque fois un bon nombre de réponses. Les abonnés «silencieux» se déclarent satisfaits de suivre les divers fils de discussion sans intervenir personnellement. Certains disent qu'avant même de se décider à répondre à un message, ils/elles constatent que d'autres ont déjà exprimé une idée ou un ressenti qui étaient aussi les leurs.

Une liste de discussion non modérée fonctionne d'une manière analogue à un forum semi-public permanent. Elle est «semi-publique» au sens où il n'y a aucune restriction au niveau de l'adhésion, sauf que les demandeurs doivent au préalable faire circuler une présentation nominative, faisant état de leurs vécus de naissance et de parentage, et de leurs motivations pour se joindre au groupe. Le statut professionnel ou l'appartenance à des associations, syndicats, etc., sont de moindre importance. Les sages-femmes, médecins ou militants associatifs sont invités à parler de leur expérience personnelle plutôt que de leur engagement professionnel ou social. Plus généralement, sur la liste, on attend des membres qu'ils parlent de ce qu'ils sont plutôt que de ce/ceux qu'ils représentent.

Les personnes qui quittent la liste ne sont pas supposées préciser le motif de leur départ. Certaines le font, toutefois. Le désabonnement est souvent causé par un découragement devant l'accumulation de messages dans la boîte de réception. Lorsque c'est l'unique raison, la personne est invitée à passer en mode d'abonnement «web seulement» qui lui permet de consulter les messages sur les archives du serveur sans les recevoir sur sa messagerie. Quelques intervenants occasionnels sont des abonnés «web seulement» qui ne réagissent qu'à un nombre restreint de sujets de discussion.

Profil sociologique

Les membres de la liste Naissance appartiennent à une catégorie large d'utilisateurs d'Internet dans les pays francophones, principalement la France, la Belgique et la province du Québec au Canada. (En France, selon une enquête menée en 2002, près de 33% de la population aurait été exposée, d'une manière ou d'une autre, à Internet.) La liste ne possède pas de profil sociologique caractéristique, en dépit des convergences de motivations de ses membres. On peut tout de même dégager une tendance dominante: au cours de l'année 2001, un grand nombre de nouveaux abonnés étaient des femmes de 25 à 30 ans qui se sont présentées en parlant d'une première expérience traumatisante d'accouchement en structure hospitalière, et se déclarant à la recherche d'un soutien moral, d'informations, de conseils, et si possible d'accompagnateurs, pour mieux préparer leurs prochaines naissances. Une situation récurrente était le souhait d'un accouchement naturel après une césarienne, souvent planifiée à domicile en raison de la frilosité des équipes obstétricales face au risque médico-légal.

Les hommes sont aussi invités à prendre part aux discussions. A présent, ils représentent environ 10% des abonnés. Leurs compagnes sont pour la plupart directement concernées par les thèmes de la liste.

Quelques abonnés sont des sages-femmes insatisfaites de la manière strictement médicale dont est envisagée la naissance en milieu hospitalier. Parmi elles, un petit nombre ont entrepris d'accompagner des accouchements à domicile sous le statut libéral.

Il semblerait extravagant, à première vue, de parler de la liste Naissance comme d'un groupe «d'opprimés», sachant que la plupart de ses membres sont issus des classes moyennes de pays développés, disposant de moyens suffisants pour s'offrir un ordinateur personnel et passer du temps sur Internet. Toutefois, si l'on peut parler d'oppression dans leur cas, il s'agit moins d'un problème de statut économique que du sentiment d'être victimes d'inutiles interventions médicales, et surtout d'un manque de respect de leurs choix personnels pour ce qui concerne l'accompagnement de la naissance.

Ce qualificatif d'«opprimés» peut aussi s'appliquer aux accompagnateurs professionnels (Bel B. & A., à paraître). Le rôle des sages-femmes dans les équipes hospitalières est perçu par beaucoup d'entre elles/eux comme une simple subordination aux médecins, au service de la toute puissante technologie (DeVries & Barroso 1997). Certes, les sages-femmes libérales bénéficient de plus d'autonomie, mais celles qui ont comme clientèle la faible fraction de la population (moins de 1%) optant pour l'accouchement à domicile sont aussi marginalisées de facto dans leur milieu professionnel. En France, il est de bon ton de montrer du doigt les partisans de l'accouchement à domicile comme appartenant à des «sectes» dont les sages-femmes seraient les «gourous»!

Les échanges sur la liste Naissance contribuent à mettre en relief la vision de personnes opprimées parce que victimes d'un système techno-médical omniprésent en obstétrique -- la «machine à naître» selon les termes de Marsden Wagner (1994) -- face auquel toute forme d'initiative individuelle «déviante» s'expose à un fort rejet social. En résumé, toute critique fondamentale du système médical est amalgamée au refus du «confort» et de la «sécurité» que la médicalisation de l'accouchement est supposée offrir au monde moderne. (Voir Tew 1998 pour une remise en cause solidement étayée de cette croyance.) Par exemple, refuser l'analgésie péridurale, aujourd'hui, est tourné en ridicule avec la même rhétorique, prétendument progressiste, qui dépeint les opposants à l'énergie nucléaire comme des nostalgiques de l'époque des lampes à huile et des carrioles à cheval... On peut mesurer l'intensité de cet ostracisme à la virulence des réactions de gynécologues-obstétriciens aux projets d'accouchement qui leur sont soumis par certains parents, selon une pratique encouragée par le corps médical au Royaume Uni (Gynelist 2000).

En résumé, un grand nombre de membres de la liste se présentent comme des individus sans pouvoir, sans voix, et isolés, mus par un fort désir de renverser un processus aliénant consistant à mettre leur destinée entre les mains des professionnels de la médecine. Processus qui peut compromettre, dans les circonstances particulières de l'accouchement, la poursuite d'une vie familiale saine et harmonieuse.

Le corps et l'histoire des individus

Une fois la gestion de liste confiée à un serveur public, les modérateurs ont dû faire face à des tentatives d'abonnement anonymes. Il a été décidé que toute adhésion devrait être nominative et que tout postulant devrait soumettre au préalable une présentation personnelle exposant ses motivations à rejoindre la liste. Les personnes déjà abonnées ont aussi été priées de se présenter, et celles qui n'ont pas répondu à cette demande ont été exclues de la liste.

Les présentations circulent sur la liste et l'adhésion est confirmée le jour suivant si personne ne s'y oppose. Ce protocole met à l'écart environ 50% des postulants, qui n'envoient jamais leur présentation. Les présentations sont stockées dans une base de données accessible sur le web.

La facilité de consultation (et de modification) des présentations personnelles s'est avérée essentielle pour la reconnaissance de la liste Naissance comme une communauté de personnes «réelles». Les gens deviennent un peu plus «réels» une fois qu'ils sont connus par leur (vrai) nom et leur (véritable) histoire. Ce rituel de présentation a incité d'autres membres de la liste à parler des événements les plus significatifs de leur vie courante, bien entendu pour ce qui concerne la grossesse, l'accouchement et le parentage, mais aussi pour des vécus «hors sujet» et des réflexions générales contribuant à dévoiler, avec plus d'acuité, leur personnalité et leurs attentes.

Un tournant a eu lieu en octobre 2000, lorsqu'une douzaine de membres de la liste se sont rencontrés pour la première fois à Paris, à l'occasion d'une conférence. Aucune photo n'avait été échangée avant cette rencontre, et chacun était impatient de mettre un visage sur les noms de personnes déjà devenues des ami(e)s proches grâce aux échanges de la liste. Cette reconnaissance physique semble être à l'origine du noyau d'intervenants «permanents» que nous avons déjà mentionné.

La mémoire et le «corps» de la liste

Le nombre d'abonnés augmentant rapidement après l'automne 2000, de plus en plus de membres ont cherché à rencontrer «pour de vrai» les personnes vivant à proximité. Ces rencontres sont souvent évoquées sur la liste. Elles contribuent à promouvoir la conscience d'un «tissu social» de parents concernés par la grossesse et la naissance.

Le tissu social n'est autre qu'une nouvelle «culture de la naissance». Celle des temps anciens a été dénaturée par divers facteurs: la médicalisation croissante de l'accouchement, son encadrement en milieu hospitalier, la réduction de la cellule familiale, enfin des comportements individualistes associés aux conditions de vie professionnelle et de logement dans le monde moderne.

A l'échelle locale, les associations et groupes informels jouent un rôle important dans la reconstruction du tissu social de la naissance. A l'échelle globale, la liste de discussion peut être envisagée comme un moyen de relier des morceaux du tissu social et des individus isolés. «Cette liste est ma famille!» s'est écriée une abonnée...

Du fait de sa composition hétérogène, de sa nature transitoire et de son approche non-idéologisante, la liste Naissance ne peut pas être assimilée à une «communauté de naissance» (birth community) comme on en trouve sur les réseaux nord-américains, avec pour but avoué:

d'accroître les efforts collaborations de marketing des professionnels de la naissance, et de créer des poches d'activisme destinées à promouvoir des changements dans la naissance, ainsi que le modèle de soins sage-femme.

(Yula & Heffelfinger 2000)

Loin de ces objectifs, la liste Naissance fonctionne comme un «organisme» vivant, avec deux caractéristiques essentielles: la mémoire et le corps.

La mémoire de la liste est principalement son archive. Le serveur de liste est équipé d'un moteur de recherche facilitant les tâches «introspectives». Toutefois, en raison de la croissance rapide de cette mémoire exhaustive, et parce qu'elle n'est accessible qu'aux abonnés de la liste, il s'est avéré indispensable d'en construire une réplique visible «en surface». Pour cela, des pages web couvrent (de manière anonyme) quelques sujets particulièrement fertiles en découvertes, les discussions de points techniques, et bien sûr les témoignages personnels, à commencer par les récits de naissances.

Le «corps» de la liste Naissance s'est développé dans les réunions entre adhérents de la liste, après la première entrevue d'octobre 2000. En août 2001, un groupe de 60 adultes et enfants est allé camper trois jours sur une propriété proche de Forcalquier, dans le sud de la France. L'organisation était réduite au strict minimum: partage des frais et des tâches quotidiennes, préparation commune des repas. Cette rencontre s'est faite sans aucun agenda préalable. Les participants se sont assis en cercle dans une clairière, pour une première expérience de ce qu'on peut appeler un «forum de libre parole». Ils se sont d'abord présentés personnellement, à la première séance, dressant la liste des sujets qu'ils souhaitaient aborder au cours des trois journées. En début de chaque séance, le groupe prenait la décision d'aborder tel ou tel sujet en priorité. Les séances de travail ont duré deux à trois heures et ont été entièrement enregistrées.

Dans un forum de libre parole, il n'y a besoin de personne pour «donner» la parole, puisque personne ne cherche à la «prendre»... Elle circule d'elle-même, chacun se plaçant dans une attitude d'écoute empathique et non-jugeante. Ce mode de communication rappelle à la fois celui de la liste Naissance et celui que j'avais pu observer dans les «ateliers d'auto-apprentissage» (self-learning workshops) d'animateurs sociaux au Maharashtra, inspirés par les expériences d'auto-éducation de Paolo Freire (voir Freire 2002, Von der Weid & Poitevin 1978, et le site <http://ccrss.ws>).

Paulo Freire's central message is that one can know only to the extent that one "problematizes" the natural, cultural and historical reality in which s/he is immersed. Problematizing is the antithesis of the technocrat's "problem-solving" stance. In the latter approach, an expert takes some distance from reality, analyzes it into component parts, devises means for resolving difficulties in the most efficient way, and then dictates a strategy or policy. Such problem-solving, according to Freire, distorts the totality of human experience by reducing it to those dimensions which are amenable to treatment as mere difficulties to be solved. But to "problematize" in his sense is to associate an entire populace to the task of codifying total reality into symbols which can generate critical consciousness and empower them to alter their relations with nature and social forces. [...] Only thus do people become subjects, instead of objects, of their own history.

Traduction : Le message principal de Paolo Freire est que notre capacité de connaissance dépend de notre aptitude à « problématiser » la réalité naturelle, culturelle et historique dans laquelle nous sommes immergés. La problématisation est l'antithèse d'une approche technocratique axée sur la « résolution de problèmes ». Selon cette dernière, un expert prend une certaine distance avec la réalité, en analyse ses différents constituants, invente des moyens de résoudre les difficultés de la manière la plus efficace possible, pour finalement décréter une stratégie ou une ligne de conduite. Une telle résolution de problèmes, selon Freire, distort la réalité de l'expérience humaine en la réduisant aux seules dimensions qui se prêtent à un traitement comme de simples problèmes à résoudre. Alors que « problématiser », selon lui, revient à engager une population entière dans un processus de codification de toute la réalité en symboles qui génèrent une conscience critique, et lui fournit ainsi les moyens de modifier sa relation à la nature et aux forces sociales. [...] C'est alors, seulement, que les gens deviennent des sujets, et non plus des objets, de leur propre histoire.

(Goulet 2002 : ix)

La rencontre de Forcalquier a eu un fort impact sur les perceptions, parfois même les destinées personnelles, de nombreux participants. Plusieurs couples qui attendaient un enfant à cette époque et ressentaient un profond malaise face aux choix qui s'offraient (ou se refusaient) à eux, sont repartis avec une énergie nouvelle et ont fait l'expérience de belles naissances dans les mois qui suivaient. Le fait que des familles entières aient été invitées à se réunir -- pas seulement des femmes enceintes «plus éventuellement le père de l'enfant» -- a contribué à projeter une image de la naissance et de la périnatalité centrée sur les familles, et non plus sur le couple femme / sage-femme comme c'est le cas dans de nombreuses associations.

Après l'été 2001, d'autres rencontres ont été organisées sur le même principe, notamment une près de Charleroi (mars 2002, voir plus bas) et la seconde dans le Cantal (été 2002). Des liens vers les rapports et photos des rencontres de la liste Naissance se trouvent sur la page <http://naissance.ws/rencontres/>. On peut dire qu'une communauté (hétérogène) d'amis -- un «corps organique» -- est en train de croître autour de la communauté de recherche «virtuelle» (hétérogène) que constitue la liste Naissance.

Du niveau «micro» au niveau «macro»: les conditions d'une mobilisation sociale

En permettant l'échange rapide et précis de documents entre des individus et des groupes hétérogènes d'individus, la communication électronique est devenue l'instrument typique d'actions innovatrices, auto-organisées, et d'engagements au service d'une cause. Elle est en fait tantôt louée, tantôt décriée, pour une telle efficacité à court terme. Face aux critiques, les listes de discussion peuvent être proposées comme des outils plus élaborés permettant une réappropriation de «l'espace» et du «temps» de communication (voir appendice).

Au début de son existence, la liste Naissance était destinée à la coordination d'actions militantes et cherchait à se positionner comme une sorte de poste d'observation du mouvement de la naissance en France. Avec l'accroissement du nombre d'abonnés et la diversification de leurs motivations, le besoin s'est fait sentir de créer une nouvelle liste entièrement dédiée à l'échange d'informations. Une abonnée a donc mis en place lettre-périnatalité, une simple liste d'annonces: <http://fr.groups.yahoo.com/group/lettre-perinatalite/>. Elle collecte les annonces en provenance d'individus ou d'associations et les diffuse sur cette liste, le plus souvent sans commentaire. L'abonnement à lettre-périnatalité étant anonyme et sans restriction, cette liste permet de toucher plusieurs centaines de personnes, notamment dans les milieux associatifs et professionnels.

En mettant l'accent sur l'engagement individuel, et bien qu'elle existe sur le cyber-espace «global», la liste Naissance reste un moyen de communication entre des individus travaillant à l'échelle «micro» de leur famille et amis proches. S'il est vrai que certains membres participent aussi aux travaux d'associations ou d'organismes professionnels, sur le plan local ou national, leur engagement ne fait pas fréquemment l'objet de discussions sur la liste. De fait, il serait impossible d'arriver à un consensus, sur la liste Naissance, au sujet des actions collectives à mener, encore moins sur des stratégies à long terme. Alors que certains membres, par exemple, se sentent concernés par les actions visant à améliorer les conditions de naissance en structure hospitalière (à la manière du mouvement Changing Childbirth au Royaume-Uni), d'autres estiment mieux exercer leur liberté en optant pour l'accouchement à domicile, et un troisième sous-groupe préfère s'engager dans le soutien aux projets de maisons de naissance.

Plus récemment (fin 2002), la croissance encore plus rapide de la liste Naissance a eu pour effet son «essaimage» vers de nouvelles listes. «Maisons de Naissance» et «Re-Co-Naissances» sont deux listes non modérées à archives publiques, la première proposant un débat public sur les projets de maisons de naissance, et la seconde dédiée à une réflexion générale sur les actions concrètes à mener pour une amélioration des conditions de naissance dans les pays francophones. Dans un autre registre, «Bébé causette» propose une discussion sur les associations parentales de proximité, tandis que «Césarine» permet aux femmes ayant subi une ou plusieurs césariennes de témoigner, de parler de leur vécu, de s'exprimer au milieu d'autres qui les comprennent...

Après une année complète de fonctionnement de la liste Naissance, quelques membres avaient suggéré la création d'une association française, voire d'une fédération d'associations, mettant à profit les possibilités d'échange et de coordination qu'offre l'Internet. Ce projet n'a pas été mis à exécution pour la simple raison qu'il existe déjà en France une fédération d'associations dont la représentativité suscite quelques réserves. Il était irréaliste, en effet, d'ambitionner de fédérer autour d'un projet unique un grand nombre d'associations aux objectifs les plus divers, sans oublier que le territoire de la liste Naissance ne se limite pas à la France.

De plus, le fonctionnement associatif repose sur un principe de représentation, à partir de l'élection démocratique de son comité directeur, qui n'est autre qu'une délégation de pouvoir incompatible avec les objectifs d'une liste de discussion non modérée.

La discussion du projet d'association a suscité une mise en question de la notion de «citoyenneté», terme popularisé, en France, par les mouvements de résistance à la mondialisation néolibérale (manifestations anti-OMC à Seattle en 1999, mouvement ATTAC etc.) mais récupéré ensuite par de nombreux courants politiques. Le terme anglais «démocratie active» (active democracy) correspond mieux au concept original de «citoyenneté», car il exprime l'idée d'un «pouvoir citoyen» non hiérarchisé, auto-organisé, en contraste avec la démocratie «formelle» du système politique, à laquelle il convient d'ajouter la démocratie «passive» du marché -- le pouvoir des consommateurs. Le discours néolibéral impose l'idée qu'un état d'équilibre pourrait être atteint en opposant au pouvoir des institutions -- le pouvoir médical, pour ce qui est de la naissance -- les contre-pouvoirs des consommateurs et associations d'usagers. L'idée de démocratie active est donc un «grain de sable» dans ce processus consensuel.

La liste Naissance (et les événements qu'elle suscite) est elle-même un terrain d'exercice de démocratie active, par sa capacité à faire jaillir des idées nouvelles et des formes de pensée innovatrices, souvent perturbatrices, à propos de la naissance et du parentage, sans qu'aucune pensée dominante ne soit érigée en système.

Le concept de démocratie active est nettement distinct de celui de démocratie «participative», nouvelle tarte à la crème des discours électoraux... Cette dernière est en fait un produit dérivé de la «recherche-action participative» (Participatory Action Research, PAR) qui bénéficie d'une expérience de plus de trois décennies en Asie du Sud-Est:

[...] la mise en oeuvre et la méthodologie de la PAR libèrent l'énergie créatrice des gens, instaurent un système d'acquisition de connaissances, et mettent en action une dynamique politique cohérente, d'un point de vue écologique, dans chaque culture, ce qui peut amener à un nouveau type de chemin transitoire vers le développement durable. On peut aussi y voir un signe précurseur d'une nouvelle structure étatique qui serait participative, pluraliste, vraiment démocratique, et favorable aux «graines» émergentes du niveau «micro». Ce système de soutien favorise aussi la multiplication du processus de manière non aliénante. [Ces processus] ne suivent pas les principes de formation conventionnelle des états socialistes ou capitalistes, ni les traditions des institutions de la démocratie parlementaire «représentative» ou de la bureaucratie. Ce système encourage un nouveau type de direction [leadership], à la fois externe et interne; et un système étatique ouvert basé sur l'échange libre de connaissances avec les organisations du niveau «micro», constituant ainsi un contre-pouvoir. En d'autres termes, la PAR a pour objectifs un meilleur partage du pouvoir, un meilleur équilibre entre l'État et les organisations de la base, ainsi que, bien entendu, entre les hommes et la Nature.

(Wignaraja & Sirivardana 1998: 334-335)

Le problème de l'approche participative est qu'elle est fondée sur la recherche d'un consensus, au lieu de confronter les différents «niveaux de réalité» irréductibles des acteurs d'un même événement. Par exemple, la réalité «micro» du vécu des parents dans une naissance, celle qui est perçue par les accompagnateurs professionnels, enfin la réalité «macro» de l'éclairage des études scientifiques. Qui sont ces «gens» dont parlent les promoteurs de la PAR? Dans le mouvement de la naissance en Europe, une stratégie participative typique est l'émergence de groupes de parents s'associant aux actions proposées par les professionnels, comme par exemple le soutien inconditionnel à des projets de maisons de naissance gérées exclusivement par des sages-femmes (Liste Naissance 2001), ou la résistance à la fermeture de petites maternités jugées plus proches de leurs besoins (Bel B. & A. à paraître).

A l'opposé, le concept de démocratie active implique une méthodologie de «recherche-action coopérative» à la fois auto-éducationnelle et productrice d'une «culture» (Poitevin, à paraître). C'est un processus dynamique de conscientisation et d'acquisition de pouvoir (empowerment). Processus que l'on pourrait qualifier de «chaotique» (bien que constructif), alors que la démocratie participative ne fait qu'ordonnancer une meilleure répartition et délégation des pouvoirs.

Il ne s'agit plus seulement, pour l'individu, de s'adapter aux conditions nouvelles, mais « d'intégrer » les niveaux de réalité, au sens de Freire (2002:4): L'intégration résulte de la capacité de s'adapter à la réalité plus la capacité critique de faire des choix et de transformer cette réalité. La production d'une «culture de la naissance» ne peut pas se dissocier de celle d'un «tissu social de la naissance» dans lequel sont imbriqués tous les niveaux de réalité des acteurs de la naissance, y compris les données scientifiques, bien entendu. Un exemple typique d'action coopérative utilisant les ressources de l'Internet est le réseau des Marraines d'Allaitement Maternel <http://www.reseau-mdam.org>, un groupe auto-organisé de femmes échangeant des informations et des services pour tout ce qui touche à l'allaitement maternel et au maternage par l'allaitement.

On peut espérer qu'à force de croître en nombre, la liste Naissance attirera un jour l'attention des médias et suscitera des changements, au niveau «macro», dans les pratiques et croyances autour de la naissance. La médiatisation passe par la consolidation d'initiatives locales. Par exemple, le 14 mars 2002, des membres de la liste ont participé à un séminaire organisé près de Charleroi (Belgique) par l'association sans but lucratif Carrefour Naissance. L'ensemble des participants -- parents, sages-femmes, étudiantes et professeurs d'une école de sages-femmes -- ont été invités à débattre librement sur la question des responsabilités individuelles autour de la naissance. Ce débat a été enregistré. Par la suite, les organisateurs ont transcrit l'intégralité des interventions pour les publier sur le web (Carrefour Naissance 2002), afin que cet événement serve d'amorce à de futures interactions entre des parents, le monde associatif, et les fournisseurs de services d'obstétrique ou de soins de sages-femmes. Sur la même page web, les lecteurs sont invités à continuer le débat dans une liste de discussion dont l'archive est publique.

Cet exemple illustre un processus selon lequel un «micro» événement au niveau «local» (un «point dans l'espace et le temps») peut produire un matériau riche en informations qui sera plus tard exploité au niveau «macro» de l'Internet (à la fois «global» et intemporel), débouchant sur la création de nouveaux groupes de discussion, autrement dit de nouvelles initiatives au niveau «micro».

De manière similaire, en avril 2000, deux ans d'échanges sur la liste Naissance avaient produit assez de documents et de liens pour permettre la création d'un portail Internet consacré aux approches «citoyennes» de la naissance. Depuis sa création, le portail Naissance.ws <http://naissance.ws> est devenu la référence pour les ressources en langue française au sujet de la naissance «libre, informée et responsable». Sa page d'accueil contient des liens vers plus de trente sites de référence indexés par son propre moteur de recherche. Il contient aussi des articles, des liens vers d'autres pages web, une bibliographie, un répertoire d'associations et des extraits d'échanges sur la liste Naissance. Les membres bilingues ont été mis à contribution pour la traduction de documents, afin de faciliter leur accès au public francophone.

Le portail Naissance.ws peut être considéré comme une «fenêtre sur le monde global» reflétant la diversité des visions de la naissance, de la périnatalité et du parentage dans les pays francophones. Il est aussi utilisé pour la réalisation de stands d'exposition, par exemple à l'occasion de l'Eco-Festival qui a reçu plus de 3000 visiteurs en juin 2002. (Voir le rapport: <http://naissance.ws/events/ecofestival2002.htm>)

Aspects légaux

Le portail Naissance.ws <http://naissance.ws> est une émanation collective de la liste Naissance. Les membres de la liste étudient chaque demande de référencement d'un nouveau site web sur la page d'accueil et le moteur de recherche.

Lorsque s'est posée la question de l'hébergement du portail sur un espace non commercial, la liste Naissance a été présentée comme une association non déclarée (en conformité avec le préambule de la loi de 1901). Elle a pu ainsi être affiliée à l'association fraternet.org qui propose un hébergement associatif au moindre coût. La responsabilité légale du contenu du portail repose sur le webmestre, seul habilité à modifier les pages, en accord avec les propositions de la liste. Le webmestre est aussi le «propriétaire» de la liste Naissance et peut être tenu pour responsable des archives des messages échangés sur la liste, selon la loi française sur les délits de presse.

Un comité de gestion veille à effacer des archives tout message pouvant s'avérer compromettant pour son auteur ou une personne citée. De cette manière, les messages archivés ne peuvent pas être utilisés à des fins imprévues, ni interprétés comme offensifs par les futurs membres de la liste. Il est rappelé périodiquement que les messages ne doivent pas citer nominativement des personnes (autres que des personnalités publiques), quel que soit leur degré d'implication dans la citation.

Les aspects légaux sont d'une grande importance, parce qu'ils soulignent la nécessité d'une relation sans équivoque entre les réalités «virtuelle» et «physique» de la liste de discussion, ainsi que du portail web qui en est le produit, en accord avec les règlements en vigueur sur la communication électronique.


Références

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Bel, Bernard; Bel, Andréine (à paraître). Birth Attendants, between the Devil and the Deep Blue Sea. In (B. Bel, B. Das, V. Parthasarathi, G. Poitevin, eds.) Communication Processes, 2.

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Appendice

Réappropriation de «l'espace et du temps de communication» dans une liste de discussion non modérée

Espace de communication

Temps de communication

Où? : Il n'est pas nécessaire de décider de l'emplacement d'une réunion ni de prévoir des facilités de transport pour les participants éloignés. Le lieu est n'importe où dans le «cyber-espace».

Quand? : Les membres peuvent réagir aux messages ou initier un nouveau fil de discussion à leur convenance, faisant même référence, si nécessaire, à des messages diffusés avant leur admission sur la liste.

Jusqu'où? : Bien que l'espace ne soit pas localisé, il est délimité par l'appartenance au répertoire des abonnés. Chaque membre peut en explorer les bornes en consultant ce répertoire et les présentations des autres membres.

Jusqu'à quand? : Il n'y a pas de limitation de «temps de parole». L'impact d'un message ne dépend pas de sa concision ni, pour ce qui concerne son auteur, de l'apparence physique, du sexe, de la facilité d'élocution, etc., bien que l'on puisse argumenter que la maîtrise du style (y compris l'orthographe et la grammaire) induit des différences.

Depuis où? : Chaque membre peut décider de sa propre position en ce qui concerne un sujet de discussion : il peut y être actif comme intervenant, simple lecteur, ou ne pas consulter les messages. Sachant qu'il y a plusieurs fils de discussion simultanés, chaque membre peut se trouver «à plusieurs endroits» selon sa position par rapport à chaque fil. Les positions peuvent aussi évoluer dans le temps.

Depuis quand? : Les fils de discussion sont préservés pendant plusieurs années grâce à l'archivage des messages, et les archives, aussi bien sur le serveur de liste que dans les boîtes aux lettres des destinataires, peuvent faire l'objet de requêtes.
Il est très important de pouvoir remonter un fil de discussion jusqu'à sa source pour revenir au point précis où un lecteur a pu se sentir heurté par la tournure que prenait le débat. Les messages pris en référence sont généralement cités dans le corps de la réponse, afin de préserver au mieux la trace des arguments. Cette possibilité de «remonter» le temps est caractéristique d'une liste de discussion, et cruellement manquante dans les discussions de groupes réels.

Portée : Un message peut être écrit comme la réponse à une personne en particulier, ou s'adresser explicitement à l'ensemble de la liste. C'est aux intervenants d'ajuster la portée de chaque message en désignant, si nécessaire, ses destinataires potentiels. Cet ajustement de la portée inclut les discussions hors liste et la création de sous-groupes.

Portée : La communication électronique permet d'approcher le temps réel de la communication orale ou du chat sur Internet. Toutefois, puisque les messages sont préservés, ils peuvent tout aussi bien prétendre à une validité permanente, comme c'est le cas pour les rapports, pamphlets, articles de presse etc.

Croissance : Les sous-groupes hors liste peuvent à leur tour se transformer en listes de discussion à part entière. L'année passée, la liste Naissance a ainsi vu naître plusieurs listes de sujets apparentés. Une fois qu'il a atteint une masse critique, le «bouturage» ou «essaimage» d'une liste de discussion peut être envisagé comme excroissance de l'espace de communication, qui atteste sa vitalité. Dans une rencontre physique avec des ressources matérielles limitées, il serait beaucoup plus difficile d'envisager de telles migrations d'individus ou de groupes.

Croissance : Les participants d'un fil de discussion ont parfois envie de rompre la linéarité du temps (et son caractère évanescent) en figeant une trace de la discussion sur une page web. C'est ainsi que la liste s'ouvre sur le monde extérieur tout en retenant sa dimension temporelle et discursive. Cette double qualité se reflète dans la manière où sont présentées les «fiches techniques» destinées aux visiteurs. Au lieu de donner une réponse unique et définitive à la question (par exemple : «Est-ce que l'épisiotomie est préférable à une déchirure?»), la page révèle la diversité des avis exprimés à ce sujet. Elle propose aussi aux lecteurs éventuels de prendre part à la discussion, de commenter ce qui a été dit et d'apporter leurs propres informations. Ce processus peut être désigné comme un «bouturage» d'un fragment de l'espace et du temps de communication de la liste vers ceux, plus vastes, du web.